Né en Autriche il y a 25 ans, Kofi Akwanpa dont les parents sont originaires du Ghana, se considère d’abord comme un viennois. Il pensait être suffisamment intégré dans la société autrichienne au point d’espérer légitimement prendre sa place dans l’ascenseur social. Face aux difficultés auxquelles il a été confronté, le jeune homme a vite déchanté.

Kofi Akwanpa est à l’image de nombreux fils d’immigrés africains ayant grandi et effectué leurs études en Europe où ils sont nés et qui, imprégnés d’une culture dans laquelle ils se meuvent depuis l’enfance, mieux que dans celle du continent de leurs parents, pensent pouvoir être facilement acceptés par les communautés de leurs pays d’accueil. Malheureusement ils ont tout faux. Le jeune Kofi en a fait l’amère expérience en Autriche, pays dans lequel ses parents avaient déposé leurs valises il y a 30 ans. Arrivés en tant qu’étudiants, son père était venu compléter ses études à l’Université de Technologie de Vienne pendant que sa mère y passait un diplôme en sciences politique. Le couple aura en tout 3 enfants qui vont progressivement s’intégrer dans la société autrichienne. En grandissant, Kofi Akwanpa et ses deux frères reçoivent une éducation digne du niveau intellectuel de leurs ascendants. Ils apprendront plusieurs langues parmi lesquelles le Fante, l’Éwé, l’Allemand et l’Anglais. Ces deux dernières se parlent à la maison et les devoirs d’école se font essentiellement en Allemand. L’intégration se passe si bien que lorsqu’on interroge Kofi Akwanpa sur l’identité de sa langue maternelle, il répond avec fierté : ‘’l’Allemand’’. Mieux, il se vante même de parler et d’écrire en dialecte viennois, puis ajoute: « je suis un produit de l’Autriche, je suis né ici, j’ai étudié ici et mes amis sont ici ». A Tyrol, Vorarlberg et Styria où ils sont les seuls noirs originaires d’Afrique, il se souvient être allé skier pendant les vacances. Ses souvenirs d’enfance lui rappellent également les visites dans les différents centres touristiques d’Autriche tels que Mariazell, Grossglockner y compris Melk et Radenthein, petite ville située à Carinthia, la partie la plus au sud de l’État fédéral.

Dès son plus jeune âge, tous les deux ans, Kofi a toujours accompagné ses parents au Ghana, en période de vacances scolaires. Pour les parents, c’était très important que leurs enfants aient une expérience palpable et pratique des deux mondes. Il est donc relativement respectueux des deux cultures.

Désillusions

Néanmoins, à 21 ans, lors d’une visite à sa famille au Ghana, en compagnie de ses parents, il se sent incompris, car explique-t-il, les gens le considèrent comme un ghanéen blanc qui retournerait bientôt en Autriche. Il est vrai qu’il ne se sent pas tout à fait comme (chez lui) à Vienne. Ses amis, ses clubs, ses bars, ses sports et ses relations sentimentales, lui manquent. Il comprend alors qu’il est plus Autrichien que Ghanéen et décide, après 13 jours passés au pays de ses parents, d’écourter ses vacances et de rentrer en Autriche.

Kofi Akwanpa a toujours été persuadé d’être chez lui en Autriche jusqu’à ce qu’il termine ses études universitaire à Vienne. Souhaitant faire carrière dans la finance, il décide de postuler dans une banque autrichienne, en pensant, en toute modestie, commencer au bas de l’échelle, précisément au guichet. Il voulait être en contact avec les clients mais sa demande est rejetée. Il apprendra quelques semaines plus tard par un de ses amis, employé à la banque, la raison du refus de sa demande : « Employer un Noir au guichet aurait une connotation négative pour les Autrichiens de souche ». Il comprend à ce moment que la couleur – noire – de sa peau représentait un réel problème d’intégration dans ce pays.

Kofi Akwanpa avait souvent entendu des répliques de ses amis qui avaient loupé des postes, simplement parce qu’ils étaient Noirs et que leur présence pouvait être contreproductive pour certaines compagnies. Avec son essence autrichienne, il ne pouvait pas postuler à certains emplois en Autriche et au Ghana où  il était accepté, l’environnement social auquel il n’était pas habitué rendait son insertion très difficile. Ce jeune garçon s’est ainsi retrouvé face à un réel problème d’identité qui est le lot quotidien de nombreux fils et petits fils d’africains nés en Europe.

Il est d’autant plus désespéré pour sa carrière en Autriche que des jeunes qui lui ressemblent ont moins de problèmes de ce type dans des pays comme les États-unis d’Amérique ou en Angleterre.

Kofi Akwanpa a fini par trouver un travail de qualité dans une boite informatique très réputée, où il n’est pas en contact avec des autrichiens de souche, et ne peut rien faire d’autre que de s’en contenter. Son rêve de devenir banquier s’étant évanoui, à cause de la couleur de sa peau.

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Source: Afrikinternews